Pardonner n’est pas valider
Quand j’étais enfant, j’ai entendu cette histoire où Jésus tendait sa 2ème joue après avoir été frappé sur la première.
Je n’ai pas compris.
Les adultes m’expliquaient « il faut pardonner ».
Je ne comprenais toujours pas.
Plus tard, j’ai entendu : « tu ne peux pas guérir si tu ne pardonnes pas. Tu dois pardonner ». C’était difficile, mais je voulais tant guérir que je tentais de m’y appliquer…
Récemment, après avoir entamé des démarches légales de dépôt de plainte, j’ai observé à de nombreuses reprises des personnes réagir violemment avec le message « tu devrais pardonner plutôt que de condamner ».
Je vois qu’il y a une grande confusion sur ce qu’est le pardon.
Une certaine idée du pardon peut être utilisée comme moyen de nous détourner de la douleur toujours présente en nous suite à des événements traumatisants. Cette fausse idée du pardon ressemble au peintre, qui sans prendre le temps d’assainir les murs moisis d’une maison, met plusieurs couches de peinture blanche par-dessus le tout.
Cette fausse notion du pardon peut aller jusqu’à protéger les agresseurs… au prix d’un déni renouvelé de nos blessures. Cela peut nous maintenir dans un rôle de victime. C’est douloureux d’en rester là, mais au final moins que d’avoir à accueillir la douleur et se mettre debout avec.
Pardonner fait partie du chemin de la guérison, oui. Mais il est conséquence et non cause. Le premier pas est toujours la vérité : nommer le mal, les actes, les acteurs et les victimes, et sans aller trop vite. On ne peut pas faire l’économie d’une reconnaissance explicite et plénière. Si on fait cela, on remet encore de la peinture.
Le mot pardon s’explique lui-même : par-dessus, au-delà du don. Mais ce don est d’abord à nous-même, un don de vérité. Quand on va « au-delà », on le fait en traversant la vérité du mal, non en passant par-dessus.
Alors, le pardon peut se faire dans le choix doux et conscient de lâcher tout ressentiment vis à vis des personnes concernées. Mais jamais aux dépens de moi-même.
Parce que « la douleur est inévitable et que la souffrance est une option » (Buddha), je nous souhaite à chacun d’être libre et en paix.
Hélène Brazil
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